• Nos invités avril 2013

    Dans les coulisses de la programmation

    Comment est né le programme de cette 15 ème édition de Plantes rares et jardin naturel ? La thématique et les conférences cette année résultent d’une collaboration unique et fructueuse entre Marie Hollebecq, coordinatrice de l’association, et Louisa Jones, spécialiste des jardins méditerranéens. En la choisissant comme invitée d’honneur et marraine de la manifestation cette année, les organisateurs de Plantes rares s’appuient sur ses connaissances et toutes les rencontres qu’elle a pu faire au fil de ses visites pendant plus de 30 ans.

    Auteur de nombreux ouvrages sur le sujet, elle pose un regard sensible et curieux sur ces jardins nés de l’entente étroite entre l’homme et la nature au fil de l’Histoire. Il y a trente ans, alors que la mode tendait vers le jardin anglais, Louisa Jones a acheté une vieille ferme à proximité d’Avignon et en tant que jardinière amateur s’est intéressée à ce qui se faisait autour d’elle pour construire son propre jardin. Elle a alors visité plus de 300 jardins, compulsé des notes : un premier livre est né et son jardin aussi, un « terrain expérimental où il n’y a pas vraiment de différence entre le jardin d’ornement et le jardin productif. »

    Aujourd’hui, elle écrit toujours avec la même passion, en témoigne son « Manifeste pour les jardins méditerranéens » tout juste paru aux éditions Actes Sud, et donne des conférences sur le sujet tout en continuant à explorer les jardins. Simple visiteuse de Plantes rares, elle est intervenue en tant que conférencière et aujourd’hui elle nous offre sa programmation idéale. Telle qu’elle était couchée sur le papier lors du premier projet, elle figure aujourd’hui au programme.

    Jones©Pichon
    Trois questions à Louisa Jones

    Photo : Béatrice Pichon

    Comment est née votre passion pour les jardins méditerranéens ?

    L.J. « Je suis d’abord tombée amoureuse d’un lieu. J’ai acheté une ferme à proximité d’Avignon aménagée en terrasses. J’ai quitté les États Unis pour vivre ici sans vraiment savoir où je mettais les pieds. J’ai eu beaucoup de chance, j‘ai de l’eau et une bonne exposition. Nous avons commencé à reconstruire, à nettoyer et en même temps j’ai fait le tour des jardins aux alentours pour voir comment faisaient les autres. Au début, mon jardin était composé essentiellement de comestibles puis peu à peu je me suis rendue compte que les jardins d’ici ne faisaient pas la différence entre le beau et l’utile.

    Quelle est votre approche du jardin méditerranéen ?

    L.J Depuis le départ, je le regarde avec des yeux nouveaux. Personne ne parlait vraiment de jardin méditerranéen il y a 30 ans parce qu’il n’avait rien à voir avec les codes des jardins d’ornements habituels. Au fil de mes visites, j’ai pris des notes pour moi, puis pour l’écriture de mes ouvrages, et je me suis rendue compte que mon regard rendait les gens fiers de ce qu’ils avaient réalisés. Pour moi, le jardin n’est pas quelque chose de superflu, ce n’est pas uniquement décoratif. Les jardins méditerranéens sont riches de leur Histoire. Ils doivent leur existence aux hommes qui ont adapté leurs plantations aux conditions météorologiques locales. Il y a autant de jardins méditerranéens que de jardiniers. Je défends un jardin multiple qui est à la fois beau, bon et utile. »

    Comment avez-vous choisi les conférenciers de la manifestation Plantes rares et jardin naturel ?

    L.J. « Quand j’ai écrit mes livres j’ai rencontré beaucoup de gens qui m’ont aidé. J’ai essayé d’inviter des personnes qui travaillent sur le terrain, qui sont en train de créer quelque chose aujourd’hui. Ils sont pépiniéristes, paysagistes, chercheurs ou architecte et viennent de tout le bassin méditerranéen et ils ont tous répondu positivement à l’invitation. »

     

    Les paysagistes Eric Ossart et Arnaud Maurières

    Alchimiste3photosEn donnant carte blanche à Louisa Jones cette année, Plantes rares et jardin naturel s’ouvre sur une programmation de conférences cosmopolites. Quand la marraine raconte tous ces jardins qu’elle a visités depuis plus de 30 ans pour nourrir ses écrits et ses recherches, nait une forte envie de plier bagages pour découvrir ces variations méditerranéennes in situ dans la douceur des pierres au Maroc ou sous le soleil de Catalogne. Mais les vacances ne sont pas pour tout de suite alors en attendant, Louisa Jones propose les 20 et 21 avril de rencontrer ces paysagistes, créateurs, ethnologues ou architectes qui pensent et vivent ces jardins méditerranéens. Pour aller plus loin dans le programme, Louisa Jones présente le Duo Eric Ossart et Arnaud Maurières, paysagistes. Ce dernier parlera samedi à 11 heures à la salle Achaume de « nos jardins d’oasis au Maroc. »

    Le jardin selon Ossart et Maurières : c’est « une recherche de plaisir qui engage tous les sens en même temps que l’imagination et le cœur. C’est une expérience active et changeante, jamais un simple décor. »

    Ces expériences qui les ont formés, « à la fin des années 80, à Blois, ils créent un nouveau style de fleurissement saisonnier devenu un modèle pour de nombreuses municipalités en France et en Europe. Ensuite, de 1993 à 1999, Eric est l’un des paysagistes responsables du Festival international des jardins de Chaumont-sur-Loire. Là, il a pu affiner ce style et l’adapter aux jardins tout en expérimentant les prairies fleuries et de nouvelles techniques comme celle des gabions, par exemple. Enfin, à l’École méditerranéenne des jardins et du paysage de Grasse que Arnaud a créé en 1995, il a pu travailler avec ses élèves sur des interventions in-situ, une application de l’art contemporain aux jardins pour définir de nouvelles formes, une nouvelle appréhension de l’espace. »

    Le jardin, une œuvre d’art ? « Tout le monde recherche un nouveau vocabulaire pour qualifier le mariage actuel de l’art et de la nature. Eux aussi : « Le terme symbolique est trop religieux, le terme didactique est trop réducteur, le terme philosophique trop pompeux. » On peut en tout cas affirmer que leur création, jamais purement cérébrale, est à la fois ludique et raffinée, émouvante et méditative. L’effet est immédiat, mais la découverte est sans cesse renouvelée, inscrivant dans le temps ces jardins à vivre au quotidien…

    La parole à Ossart et Maurières : « Ce qui nous amuse beaucoup, c’est de faire des associations qui pourraient exister mais qui n’existent pas dans la nature. C’est-à-dire de mélanger des plantes qui ont les mêmes exigences, ou des exigences complémentaires, l’une poussant à l’ombre de l’autre par exemple, mais qui proviennent de continents différents. Par exemple, dans un jardin au Maroc, un mélange de cactées américaines, d’euphorbes succulentes sud-africaines avec des graminées du Sahara ».

    Quelques exemples de jardins qu’ils ont créés :
    La Roseraie de l’Évêché à Blois, le verger de Déduit dans le Cantal, le jardin du Mirazur et le jardin des Colombières à Menton, Dar Al Hossoun – Garden lodge au Maroc, et dans la région, le Jardin de la Noria à Saint-Quentin-la-Poterie et le jardin de l’Alchimiste à Eygalières.

    À lire pour aller plus loin :
    « Jardin médiéval, une source d’inspiration » Eric Ossart et Arnaud Maurières
    « Jardiniers de paradis » Arnaud Maurières, Eric Ossart, Joëlle Caroline Meyer, Gilles Le Scanff
    « Jardin médiéval » Eric Ossart et Arnaud Maurières
    « Maison en terre » Eric Ossart et Arnaud Maurières
    « Jardin de voyage » Eric Ossart, Arnaud Maurières et Bouvier
    Sur la toile : www.maurieres-ossart.com et http://daralhossoun.com

    En photos, le jardin de l’Alchimiste, une des réalisations d’Éric Ossart et Arnaud Maurières que les adhérents de Plantes rares et jardin naturel ont eu l’occasion de visiter il y a quelques années.

     

    La programmation des conférences de ces « variations méditerranéennes » vues par Louisa Jones s’articule en deux temps. Le samedi sera consacré au jardin identitaire et interculturel et le dimanche à la gestion écologique des paysages-jardins méditerranéens. La programmation est grande ouverte tant pour ceux qui font leurs premiers pas dans le jardin et qui ont tout à découvrir, que pour ceux qui suivent depuis 30 ans les réflexions de Louisa Jones sur les jardins méditerranéennes. Cosmopolite et plurielle, autant que peuvent l’être ces espaces naturels, la programmation se pose comme une rencontre avec ceux qui pensent et réalisent aujourd’hui ces jardins méditerranéens. Ils viennent d’Italie, de Catalogne, de Grèce mais aussi de tout près comme Sébastien Giorgis, paysagiste et président de Volubilis, réseau européen pour l’environnement et les paysages basé à Avignon. En attendant de le rencontrer dimanche à 14h30 lors de sa conférence sur les paysages en terrasses, une gestion de l’eau en régions méditerranéennes », Louisa Jones fait les présentations :

    SGiorgisPourquoi inviter Sébastien Giorgis ?
    Louisa Jones : « Sébastien Giorgis est déjà venu lors des précédentes éditions. C’est quelqu’un que j’admire beaucoup pour sa sensibilité. Il anime le réseau Volubilis que je consulte tous les jours. Cet espace permet aux gens de jardins de communiquer et d’avoir des informations. C’est une source d’information et de partage. »

    Qui est Sébastien Giorgis ?
    Louisa Jones : « Sébastien Giorgis et ses onze collègues de l’agence Paysages poursuivent « une pratique principalement tournée vers la maîtrise d’œuvre publique au service des collectivités locales ». Ils conçoivent aussi bien des parcs ou espaces publics, des aménagements pour syndicats agricoles soucieux de présentation et d’environnement ou encore des projets de grande envergure, comme le parcours du TGV Méditerranée. »

    Comment travaille-t-il ?
    Louisa Jones : « Sébastien Giorgis estime qu’« un projet doit être “de là” et pas d’ailleurs, mais aussi d’aujourd’hui. Un TGV ne peut pas se déguiser en charrette, ni sa ligne en grosse chenille végétale ». Avant l’âge industriel, selon lui, tout aménagement avait forcément un caractère local. Puis les innovations technologiques disponibles partout aboutissaient souvent à une uniformité rampante. Aujourd’hui, on sollicite souvent les paysagistes pour maintenir l’harmonie spécifique aux lieux, non pas par nostalgie mais dans une logique où économie et esthétique se rejoignent. En 2006, l’équipe fut primée pour son aménagement de la place des Arcades, à Nyons. »

    Elle cite le paysagiste : « Tous ces gens font du paysage », explique Sébastien. « Jusqu’à récemment, dans ces grands chantiers, les ingénieurs travaillaient surtout à partir de relevés de géomètres, sans avoir à comprendre ni la morphologie ni les qualités identitaires des paysages traversés. Nous encourageons dans ces travaux une prise en compte des caractéristiques particulières de chaque site, dans le respect de la mémoire des lieux, en cohérence avec les réalités géographiques. »

    Pour aller plus loin : www.volubilis.orgwww.agence-paysages.fr